Installation video Ritus, 2019.

«Toute pratique rituelle, toute signification mythique, à son origine dans un meurtre réel.» René Girard - La violence et le sacré.

Ritus est une installation vidéo qui se compose de deux vidéos de 10 minutes projetées simultanément dans l’espace de l’exposition. La première vidéo montre l’opération de la réparation d’un clitoris après une excision, après une ablation totale du clitoris et des petites lèvres. La vidéo aborde le rituel de mutilation génitale féminine. La deuxième vidéo montre le rituel du sacrifice symbolisé par l'épisode d’Abraham qui accepte de sacrifier, sur l'ordre de Dieu, son fils Ismaël (dans la tradition judéo-chrétienne, cet épisode est appelé ligature d'Isaac, car le fils à sacrifier s'appelle Isaac). A côté de l’installation vidéo, il y a une série de photographies accrochées au mur. On entend par ritus / rite un « ensemble de prescriptions qui règlent la célébration du culte en usage dans une communauté religieuse ». En ethnologie et en sociologie, les rites sont des « pratiques réglées de caractère sacré ou symbolique ». Par extension, le rite désigne une pratique réglée, une manière habituelle de faire. Pour Claude Lévi-Strauss, les rites sacrés sont l’expression d’un besoin de désordre, ou plutôt de contrordre, une manière de vivre, à travers une mise en scène, un désir jamais réalisé. Ainsi, les fonctions symboliques du rituel tantôt interdissent ce qui entraîne la culpabilité angoissante, tantôt désinhibent, permettant ainsi à l’humanité de supporter le conflit entre les forces répressives et les impulsions.

Ritus is a video installation that consists of two 10-minute videos projected simultaneously in the exhibition space. The first video shows the operation of repairing a clitoris after excision, after a total removal of the clitoris and labia minora. The video addresses the ritual of female genital mutilation. The second video shows the ritual of sacrifice symbolized by the episode of Abraham who agrees to sacrifice, on the orders of God, his son Ishmael (in the Judeo-Christian tradition, this episode is called the ligature of Isaac, because the son to sacrifice is called Isaac). Beside the installation, there is a series of photographs hanging on the wall. By ritus / rite one understands a "set of prescriptions which regulate the celebration of the worship in use in a religious community". In ethnology and sociology, rites are "regulated practices of a sacred or symbolic character". By extension, the rite designates a regulated practice, a usual way of doing things. For Claude Lévi-Strauss, the sacred rites are the expression of a need for disorder, or rather of contrord, a way of life, through a staging, a desire never realized. Thus, the symbolic functions of the ritual sometimes prohibit what leads to agonizing guilt, sometimes disinhibit, thus allowing humanity to bear the conflict between the repressive forces and the impulses.

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Installation vidéo Ritus, 2019. (Deux projections vidéos)  « Les services cérémoniels échangés par des populations, L’interprétation du rite suit, un parcours sinueux. L’idée de la mise à mort des animaux, une sorte de sacrilège ou de crime que le rituel parviendrait à rendre légitime en effectuant une « transfiguration symbolique de l’animalité », mais s’oriente peu à peu vers l’idée que cette mise à mort constitue, en tant que telle, un élément crucial de « l’organisation culturelle de l’espace », c’est-à-dire de la reproduction de l’ordre social et du marquage des frontières séparant les groupes humains les uns des autres. Toutefois, on ne voit pas clairement si ces deux hypothèses sont alternatives ou complémentaires, et aucune des deux n’est suffisamment étayée. La première, empruntée à Lanternari, est la moins probante. Elle serait, à la rigueur, plausible si chacun des groupes tuait purement et simplement les animaux de l’autre groupe, autrement dit, si chacun était « l’exécuteur sacré ». Mais ce n’est pas le cas. Certes, chacun des groupes ne mange pas les animaux qu’il a élevés, seulement ceux du groupe voisin, mais c’est en commun que les hommes des deux groupes tuent toutes les bêtes, celles qu’ils ont élevées comme celles qu’ils vont manger. De toute évidence, le rituel ne se limite donc pas à faciliter la consommation des animaux. Mais, s’il a d’autres propriétés. En quoi celle-ci permet-elle de « ritualiser la mise en ordre générale du monde » concevoir le sacré comme une production culturelle collective, et l’essentiel du patrimoine immatériel et même à définir la religion par la séparation du profane et du sacré. »   Louÿs Jacques - L’espace, le temps, le sacré.

Installation vidéo Ritus, 2019. (Deux projections vidéos)

« Les services cérémoniels échangés par des populations, L’interprétation du rite suit, un parcours sinueux. L’idée de la mise à mort des animaux, une sorte de sacrilège ou de crime que le rituel parviendrait à rendre légitime en effectuant une « transfiguration symbolique de l’animalité », mais s’oriente peu à peu vers l’idée que cette mise à mort constitue, en tant que telle, un élément crucial de « l’organisation culturelle de l’espace », c’est-à-dire de la reproduction de l’ordre social et du marquage des frontières séparant les groupes humains les uns des autres. Toutefois, on ne voit pas clairement si ces deux hypothèses sont alternatives ou complémentaires, et aucune des deux n’est suffisamment étayée. La première, empruntée à Lanternari, est la moins probante. Elle serait, à la rigueur, plausible si chacun des groupes tuait purement et simplement les animaux de l’autre groupe, autrement dit, si chacun était « l’exécuteur sacré ». Mais ce n’est pas le cas. Certes, chacun des groupes ne mange pas les animaux qu’il a élevés, seulement ceux du groupe voisin, mais c’est en commun que les hommes des deux groupes tuent toutes les bêtes, celles qu’ils ont élevées comme celles qu’ils vont manger. De toute évidence, le rituel ne se limite donc pas à faciliter la consommation des animaux. Mais, s’il a d’autres propriétés. En quoi celle-ci permet-elle de « ritualiser la mise en ordre générale du monde » concevoir le sacré comme une production culturelle collective, et l’essentiel du patrimoine immatériel et même à définir la religion par la séparation du profane et du sacré. »

Louÿs Jacques - L’espace, le temps, le sacré.

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Série photographique  Ritus / Rites , 2018 - 2019.

Série photographique Ritus / Rites, 2018 - 2019.